Lundi 13 juillet 2009
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Par Jan Abbie
Je porte en moi un désir ardent depuis mon premier voyage en Israël. Depuis que je me suis assis dans le désert de
Judée, je rêve de pouvoir vivre une période plus ou moins longue dans un lieu où je serai, non pas forcément seul, confronté au silence et à la solitude d'un espace désertique. Je me vois très
bien dans une grotte ou dans une tente, avec pour seule compagnie les livres et le dialogue entre mon âme et la divinité. Je me vois bien ermite, non pas toute une vie, mais pendant quelques
jours ou quelques semaines. Je ne comprends pas ce qui me retient de passer à l'acte. L'idéal serait évidemment de vivre ce type d'expérience dans un désert, dans le Néguev ou autour de la mère
morte. Je peux aussi me retirer dans une forêt ou à la campagne. Je n'ai pas dans l'idée de partir seul, la compagnie discrète d'un compagnon est précieuse pour bien des raisons.
En attendant de franchir le cap je passe mon été à lire des auteurs qui parlent du silence. La Bible est le premier des supports qui alimente ma réflexion. L'écriture vétérotestamentaire
(l'ancien testament) est un inlassable dialogue entre Dieu est les hommes. Il y est souvent question de la Voix que les hommes n'entend pas, et des cris de ceux qui appellent au secours ou
chantent des louanges. Le silence est présent par bien des biais, j'affirme même qu'il est le langage le plus courant que la divinité utilise pour communiquer, à commencer par le silence de la
création. J'ai entrepris une relecture de la Bible en scrutant les silences de Dieu et des hommes.
Par ailleurs je lis des auteurs qui "parlent" du silence. Aujourd'hui je m'arrête l' Eloge du désert d'Eucher de Lyon. On sait très peu de chose de ce lyonnais, sénateur, homme de lettres cultivé. Il était marié à Galla et a eu deux
fils, Saonius et Veranius. Lassé de sa vie de sénateur il se retire sur 'île de Lero où il embrasse sa vocation d'anachorète. Plus tard les lyonnais viendront le chercher pour qu'il devienne
évêque de la cité.
Eucher a édifié son ermitage sur une île. Selon Ambroise, c'est providence qui a pourvu la Méditerranée de nombreuses îles, comme des joyaux d'où s'élèvent les méditations des hommes retirés des
mondanités. Le style d'Eucher demeure grandiloquent, et cela est probablement dû à la tournure d'esprit des gaulois.
Extrait :
Oui, le désert est le temple incirconscrit de notre Dieu ; il habite le silence, nous le savons : croyons qu'il se réjouit du retrait.
Car si le Seigneur ouvrir les eaux, puis s'il les referma, c'était pour qu'on partît au désert sans espoir de retour.
Dieu, dans sa bonté, lui donnait chaque jour cette nourriture, lui ayant donné la loi ; songer au lendemain était inutile.
Les fils d'Israël n'ont-ils pas dû à leur séjour dans le désert de parvenir à la terre de leur désir ?
Qu'on soit l'hôte du désert, si l'on veut être citoyen de la vie. David n'évita t'attaque du roi ennemi qu'en gagnant le désert.
Le fils sort à peine de l'eau du fleuve mystique, qu'il n'a d'autre empressement que de se retirer dans la solitude. [...] C'est au désert encore, quand tous les bruits qui l'assaillent pour
l'asservir se furent éloignés, que s'accomplit la mission silencieuse de la force divine.
Jeudi 9 juillet 2009
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Par Jan Abbie
LE SILENCE
Je continue mon parcours dans l'oeuvre d'André Lorant, Le Perroquet de Budapest. Entre les pages 194 et 196 il y a de magnifiques phrases qui parlent
du silence. A chaque fois que je lis un livre je souligne le mot "silence". Ici le "silence" est celui de Moïse après la mort des fils d'Aaron. Moïse a commis l'immense pécher de parler après la
mort des fils d'Aaron. Cela lui vaudra de ne pas pouvoir entrer en terre promise, la terre des fils de Jacob. Le silence du deuil est le plus beau, le plus terrible, le plus difficile. Il est
impératif d'être capable de le respecter, c'est la mort qui passe et qui pourrait si un mot est prononcé, emporter l'un ou l'autre indélicat. Ces lignes d'André Lorant me font dire qu'il n'y a
probablement pas de bons ou de mauvais silences. J'ai une tendance fâcheuse à vouloir étiqueter le silence, ou plutôt je devrais dire éthiqueter.
La motrice d'un tramway était restée accrochée sur les rails qui s'inclinaient vers le Danube. "Arrêt sur image" dans l'évocation du passé ; je n'ai pas contemplé longtemps la catastrophe -
la radio et la presse parlèrent d'explosion accidentelle due à la rupture d'une conduite de gaz -, et je ne me rappelle qu'un étrange silence : aucun son, aucun bruit ou clameur ne parvenait du
pont, distant de quelque deux kilomètres à vol d'oiseau de la colline de Buda. Aucun bateau ne se dirigeait vers le lieu du sinistre ; aucune ambulance ne se pointait dans le lointain. La
population était l'otage du commandement allemand, et les Croix-Fléchées ne songeaient qu'à se venger des juifs, les alliés potentiels de l'armée russe qui avançait, en subissant d'énormes
pertes, vers les portes de la capitale. (Le Perroquet de Budapest, André Lorant, ed. Viviane Hamy, page 194).
Dans le silence de la nuit, on l'entendait tousser ; elle aboyait comme un chien blessé et ne s'arrêtait plus ; elle ne parvenait pas expectorait son chagrin. En quelques mois, la rue Fejér
György retrouva son calme... (idem. , page 195).
Le narrateur regarde une colonne de juifs qui traverser la Hongrie pour se diriger vers les camps de la mort allemands : Nous aurions pu nous trouver nous-mêmes dans cette colonie
pénitentiaire se traînant vers l'Ouest. Notre accompagnateur marchait d'un pas régulier, pas un trait de son visage n'a bougé. Nous sommes restés silencieux. C'était un spectacle terrifiant, et
qui faisait partie, sinon de la normalité, du moins de ce que l'on pourrait appeler la "logique du temps". En faisant semblant de ne rien voir, nous sommes devenus complices et bourreaux. La
volonté de survivre est monstrueusement égoïste et ne peut être évaluée à l'aune de la morale. (idem., page 196).
CANNIBALISME
Un autre passage m'a profondément marqué. Il y est question de la mort et de cannibalisme. Sommes-nous en pleine introspection freudienne ?
Je souhaite la mort des êtres qui me sont les plus proches, j'en demeure obsédé et culpabilisé. J'ai peur de les perdre et je veux les anéantir pour les enterrer dans mon for intérieur,
qu'ils demeurent à moi pour jamais. Je les aime d'un sentiment vorace, destructeur, de tueur par amour. Le "je-te-mangerais" que j'ai dit à des êtres aimés, dans mes jeunes années, les vers,
"tout cru, j'aurais dû te dévorer", du poète Attila Jozsef [photo ci-contre] qu'il écrivit après la mort de sa mère, hantent mon âme qui, au lieu de s'apaiser, demeure bouleversée.
(idem., page 199)
Mercredi 8 juillet 2009
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Par Jan Abbie
Ce Pape ne semble pas très accueillant. Je concède. En
regardant la télévision annoncer son élection ma première réaction a été : "ils n'ont quand même pas osé faire ça". J'étais certain que le règne de Joseph Ratzinger s'achevait avec le pontificat
de son porte parole, Jean-Paul II. Et bain non ! Monsieur joue les prolongations. Aujourd'hui les catholiques latins ont pour Pape un intellectuel, et pour être honnête un des plus brillants de
sa génération. Sur le fond je suis en effet moins critique. J'ai passé la journée avec son encyclique Caritas in veritate. La moitié de l'encyclique aurait pu constituer en note de bas de page. Le coeur est beau. Benoît XVI pense déjà demain, invite les hommes à se changer, à suivre leur
vocation, et à faire évoluer avec eux les modèles, les systèmes économiques.
Je trouve qu'à l'heure actuelle nous ne réfléchissons pas suffisamment aux nouveaux systèmes politiques qui pourraient mieux respecter la liberté et le besoin de vie des êtres humains. Un
milliard d'hommes ne mangent pas à leur faim et nous continuons à puiser les richesses des pays pauvres et à augmenter leur dette tout en n'acceptant pas les hommes et les femmes qui demandent
l'asile à la frontière. Nous nous contentons sèchement de calculer les intérêts qui permettront le maximum de gain et le minimum de temps entre aujourd'hui et la sortie de crise. Ici ou là,
dans Le Monde, on lit des éditoriaux plus ou moins optimistes. Les statistiques prévoient une fin de crise
pour 2010. Or il est aujourd'hui établi que les outils statistiques ne sont pas compétents pour prévoir quoi que ce soit.
J'ai tendance à davantage faire confiance en la réflexion d'un penseur, aussi catholique soit-il, d'un philosophe, d'un citoyen, qu'en des calculatrices et des chiffres difficilement maîtrisables
et qui n'ont pas de mémoire. Caritas in veritate n'est pas un livre pour la plage mais sans aucun doute (j'allais dire un pavé dans la marre, mais elle est trop facile) une pierre à
l'édifice de la réflexion mondiale. J'espère que Nicolas Sarkozy, Barack Obama et les six autres l'auront lue avant de comparer les chiffres. Le livre est disponible dans La Croix du
mercredi 8 juillet 2009.
Lundi 6 juillet 2009
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Par Jan Abbie
Les pages 60 à 65 sont très stimulantes. Elles déploient la notion d'êthos comme élément indispensable qui permet au
discours vrai (la parrésia) d'articuler ses effets dans le champs politique. C'est l'absence de la place pour l'êthos dans la démocratie qui fait que la vérité n'y a pas
place et ne peut pas y être entendue. (Le courage de la vérité, page 60).
Le corollaire essentiel du discours vrai est qu'il nécessite la prise en compte de
l'âme de l'individu. [...] l'objectif de la pratique parrésiastique, désormais orientée vers l'âme, ce n'est plus tellement l'avis utile [...], mais la formation d'une certaine
manière d'être [...]. L'objectif du dire-vrai est donc moins le salut de la cité que l'êthos de l'individu. (Idem., page 61).
Politique, éthique et vérité sont liés à travers quatre attitudes :
- l'attitude prophétique ;
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l'attitude de sagesse ;
- l'attitude d'enseignement ;
- l'attitude
parrésiastique, celle qui tente justement, obstinément et en recommençant toujours, de ramener, à propos de la question de la vérité, celle de ses conditions politiques et celle de la
différenciation éthique qui en ouvre l'accès. (idem. page 65)
Samedi 4 juillet 2009
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Par Jan Abbie
Aristote ne parle pas
de partage entre les bons et les mauvais mais entre les riches et les pauvres. Selon Aristote c'est le pouvoir des plus pauvres qui caractérise la démocratie. De plus Aristote met en
cause l'isomorphisme éthico-quantitatif, concept selon lequel les meilleurs seraient moins nombreux et les moins bons plus nombreux. Il argumente en disant qu'on peut être vertueux
politiquement et avoir une vie dissolue, et vice-versa. Enfin une personne qui gouverne dans son propre intérêt peut très bien gouverner dans le même temps pour l'intérêt commun ; les deux
peuvent se rejoindre.
Platon avait conclu qu'il ne pouvait y avoir de discours-vrai et la démocratie, et il érigeait le discours-vrai comme indispensable. Le propos d'Aristote sur ce point n'est pas clair. Il décrit
la royauté et l'aristocratie comme était des modes gouvernances ou une seule personne ou un groupe gouvernent pour l'intérêt commun. Ensuite il parle de politeia pour un mode ou un
grand nombre gouverne pour le reste de la cité, tout en étant
septique sur ce mode de gouvernance : [...] quand on s'adresse à une masse de gens, quand bien même
ces gens gouvernent la cité, il n'est pas possible, ou il est très difficile de trouver en eux cette différenciation éthique, ce partage éthique, cette singularité éthique à partir de laquelle le
dire-vrai sera possible et, dans ce dire-vrai, l'intérêt de la cité reconnu. (Le Courage de la vérité, "Leçon du 8 février 1984, page 49). Les conclusions d'Aristote sont proches de
celles de Platon : la démocratie n'existe pas dans la réalité.
Le principe de base de la démocratie aristotélicienne ce n'est pas seulement le pouvoir du plus grand nombre, mais l'alternance. La question qui se pose, et qui était celle de
Michel Foucault au début de ce parcours, est de savoir qui peut remplir cette fonction de gouvernant, qui peut être parrésiaste , Etant donné ce principe de la rotation et de l'alternance
gouvernés/gouvernants, comment la différenciation éthique peut-elle prendre place ? (idem. page 50)
Un autre problème se pose. Athènes avait pour règle l'ostracisme qui consistait à exiler les êtres exceptionnels. Leur trop grande qualité, déclassait les autres hommes. Imaginez un
tableau où seul un détail est parfait ? Le peintre choisit alors de gommer ce détail pour l'équilibre du tableau. Pour Aristote la règle de l'ostracisme pose problème car elle prive
la cité d'hommes supérieurs. Là encore Aristote propose l'alternance qui permettrait aux hommes d'utiliser les plus forts comme modèle pour un temps et de s'inspirer de leur vertu.
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