Lundi 1 décembre 2008 1 01 /12 /2008 13:25
- Par Jan Abbie

Le cinéma peut être un moyen de réfléchir à bon compte, sans que ça ait forcemment une répercution sur le réel. Je me satisfais souvent de voir un film médiocre car je me dis que dans le fond ça dénonce un fait de société. Hunger fait réfléchir, mais certainement pas à bon compte. Je suis sorti de la séance complètement déstabilisé, changé, plus le même.


Ce film a fait sensation lors du dernier festival de Cannes. La presse autorisée en a beaucoup parlé. Ce n'est pas pour rien que Steeve Mc Queen (photo n° 4) a emporté la palme de la caméra d'or. Le film est tourné en prenant en compte à chaque instant les sentiments, les idées, les impressions des acteurs, des personnages, des professionnels du cinéma et du spectateur. A ce propos je vous conseille de lire dans Les Cahiers du cinéma du mois de novembre le long entretien entre  Steeve Mc Queen et Jean-Michel Frodon.


Le film relate l'histoire de la révolte des couvertures dans la prison The Maze ("le labyrinthe") où Boddy Sands, célèbre leader de l'IRA, est mort d'une grève de la faim en 1981. On suit la progression de plusieurs personnages. La focalisation est menée de telle manière, si j'ai bien compris, que le discours éthique soit trouble. Le gardien de prison souffre, fait souffrir, est ignoble, est tué. L'information donnée au spectateur est souvent partielle, si bien que la compréhension est toujours en construction, créant de l'inattendu et des surprises.


Plusieurs fois, pour ne pas dire tout le temps, je me suis senti mal à l'aise. Sans cesse ma position dans le fauteuil se modifiait selon ce que je recevais de l'écran. Ce genre de réaction est plutôt banal, sauf qu'ici elle était exaspérée. "J'aime faire des films dans lesquels les gens ont le sentiment  de pouvoir pratiquement prendre le sable dans leurs mains et le frotter dans leurs paumes. En même temps je veux qu'un film soit comme un morceau de savon humide. Vous devez bouger physiquement et ajuster votre position en fonction du film pour qu'il vous dirige et non l'inverse." (Steeve McQueen).


Il est difficile de rester insensible à ce déversement de merde, de coups, de déchets, de pourriture, de violence, de mort, et de lire dans tout cela de l'estime, du cran, de la dignité, de l'honneur, de la légitimité, du courage. Probablement que résister est une manière honorable dans notre société pour exister. La vie de Boddy Sands n'est pas banale. Elle aura forcé le pouvoir de l'époque, et par delà tout pouvoir institutionnel,  à interroger sa légitimité, à regarder de plus près la "raison d'état" face à l'humain.


Voici ce que dit Steeve McQueen à propos du tournage : "Lorsque nous avons tourné la scène où les prisonniers sont sévèrement battus par les gardiens, nous avons fait quatre prises, et les coups étaient réels, les acteurs étaient frappés, on peut le voir aux marques sur la peau. Bien sûr je suis entièrement responsable de ce qui se passe en pareil cas, c'est moi qui ait déclenché tout ça, et qui leur demande de le faire. A un moment j'ai dit d'arrêter, c'est évidemment très éprouvant, ils m'ont dit : "Steeve, Steeve, continuons de tourner. On peut faire davantage." Et cela a été pareil pour les scènes finales, c'était terrible, l'état physique dans lequel s'est mis Michael, et à un moment j'ai dû quitter le plateau et j'ai éclaté en sanglots. Je ne pleure pas facilement, en fait je ne pleure jamais, à la mort de mon père je n'ai pas pleuré mais là il m'avait atteint au plus profond. Et puis bien sûr je revenu et nous avons terminé la scène." (Les Cahiers p. 49).


La problématique de savoir jusqu'où il est possible d'aller pour une idée est portée à son comble, à son irrésolution. Le dialogue entre Boby Sanders et le prêtre sur la question de savoir que faut-il faire pour résister est sans fin. Boby Sanders a sans doute raison mais il abandonne son fils, augmente la violence en Irlande, donne des arguments à l'oppositon. La réponse est probablement dans le temps. La raison de cette vie est sans doute dans l'obtention des revendications post mortem, comme si la résolution d'une vie se situait toujours post mortem.

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