Mardi 16 décembre 2008 2 16 /12 /2008 14:53
- Par Jan Abbie
J'ai décidé de m'amuser. Je suis un peu fatigué par les critiques de films que je lis à droite ou à gauche. Parfois j'y trouve des remarques qui éclairent la vision que j'ai d'une oeuvre mais le plus souvent je suis effaré par le blabla sans intérêt qui s'y consume. J'ai donc décidé d'avoir à mon tour un regard critique sur les critiques pour me faire une opinion et gagner du temps la prochaine fois... quand on pense qu'on passe trois ans de sa vie aux toilettes... merde alors ! Pour cette fois-ci j'oppose Antoine Thirion des Cahiers du cinéma et Jacques Morice de Télérama autour de l'excellent film des frères Cohen, Burn after reading.

La critique d'Antoine Thirion rassemble tout ce que je n'aime pas lire dans une critique malgré quelques fulgurances bien tardives. Pourtant l'analyse commence bien qui fait le parallèle d'autres oeuvres des frères Cohen, analyse que je n'aurais pas faite seul car je ne suis pas un professionnel. J'en apprécie donc la pertinence mais je regrette vite que l'analyse s'arrête là, ou du moins qu'elle fait de ce motif une lecture qui exclut beaucoup d'autres pistes.

Après cela Antoine Thirion entre dans un interminable résumé. Il va falloir qu'on me donne un jour une explication. Je ne comprends absolument pas l'intérêt de ces résumés qui n'en finissent pas. Soit j'ai vu le film et alors ça me fatigue que quelqu'un m'explique de manière hyper descriptive, voire empirique, les détails du scénario, sans jamais entrer dans un début d'analyse. Soit je n'ai pas encore vu le film et alors je ne supporte pas qu'on me le raconte par avance, parfois jusqu'à son dénouement et de manière suffisamment absconse pour que je parvienne pas à me le représenter car les allusions nécessitent, malgré des détails  précis, d'avoir vu les images. Donc j'ai le sentiment que les critiques descriptives sont faites pour des personnes qui n'ont pas vu le film et qui n'ont pas l'intention de le voir, bref pour d'autres critiques. A chaque fois qu'un critique se lance dans de la narration j'abandonne la lecture ou je vais directement à la conclusion, c'est d'ailleurs ce que je vous recommande pour cet article.

Il y a un autre tic de critique qui m'agace et que j'ai trouvé dans celle-ci : c'est l'art de s'attarder indéfiniment sur l'incipit du film, la première scène. J'ai parfois le sentiment que les critiques lisent le dossier de presse dans lequel ils puisent le  résumé et qu'ensuite ils se tapent les cinq premières minutes du film. Certes la première scène de Burn after reading est hilarante et elle pose très vite le registre du film. Une analyse en est tout à fait opportune, mais de là à systématiquement passer par elle et ne pas s'appesantir sur d'autres épisodes me semble disproportionné et révèle surtout un manque d'originalité. Je caricature le trait et je m'excuse auprès d'Antoine Thirion de tirer à boulet rouge sur un aspect qu'il partage largement avec ses confrères, d'autant qu'en ce qui le concerne il ne passe pas systématiquement à la trappe d'autres scènes frappantes.

J'en viens aux traits de mode. Je n'ai pas véritablement d'opinion à ce sujet, mais j'ai remarqué dans les critiques que je lis en ce moment que le thème de la géométrie revient souvent. Y aurait-il eu une parution à ce sujet ? Antoine Thirion observe astucieusement les liens d'horizontalité et de verticalité qui traversent le film. j'avais déjà observé ce type de lecture dans une critique au sujet de l'excellent Tow lovers de James Gray. Certes le cinéma usant de l'appropriation de l'espace-temps comme terrain de création, il me paraît judicieux d'observer les circulations du regard. Cela dit je m'interroge sur les observations modales surtout quand elles sont à la mode. il faut alors aller jusqu'au bout et analyser ce qu'elles expriment en terme de vision du monde, de relation, et de pouvoir, car tout cela est éminemment politique.

C'est ici que je commence à m'énerver. Un des intérêts et une des surprises de ce film, le jeu à contre emploi de Brad Pitt, sa combativité pathétique, tenez-vous bien "fatigue" Antoine Thirion. Arf... Autrement dit la salle pliée en deux qui hurle de rire "fatigue" le critique. Là franchement, je savais que les Cahiers étaient rabat-joie mais à ce point... Ou alors il faut s'expliquer, car effectivement le regard ironique des frères Cohen est destructeur, il n'y a pas de quoi rire. Peut-être faut-il un certain degré d'auto-dérision pour accepter de se faire épingler.

Et oui, c'est toujours comme cela, il faut attendre la fin de l'article pour puiser des idées éclairantes. Elles auraient pourtant fait un joli point de départ. La "vitesse" du film, l'art de passer d'un sujet à l'autre, est franchement une des réalisations les plus vivifiantes dans cet opus. Il y a là un fil conducteur qui ouvre et permet une vision du monde si pessimiste et si percutante qu'il est triste de ne pas l'explorer alors même qu'elle a été repérée.

Pour achever cette lecture sans en achever l'auteur car j'adore les critiques au même titre que les critiques adorent le cinéma, je termine par une note légère. J'ai repéré dans l'article une formule qui m'a amusé : "Un film est comme un livre dont on tournerait les pages à votre place". hihi... Je savais qu'un article avait besoin de briller pour se faire repérer... et oui les critiques sont des stars à leur compte, et souvent cela passe par une prose autorisée et un lexique brillant... malheureusement ça ne marche pas à tous les coups. Je trouve la formule en question pompeuse et paradoxalement mignonne et naïve.

Je ne pensais pas que la lecture des Cahiers me prendrait tant de temps. J'en viens un peu laborieusement, excusez-moi pour ces longueurs, à l'article de Jacques Morice dans le Télérama de cette semaine (n° 3074). Dans le match qui les oppose autant dire tout de suite que Jacques Morice est le gagnant. Sa critique pèche par les même défauts mais il lui faut beaucoup moins de lignes pour les exploiter, et c'est heureux car il n'en reste que la sève. On n'échappe pas au résumé mais il est rapide et utile. Le début de l'article à défaut d'entrer dans une analyse poussée en donne les conclusions qu'il faut en retenir. J'ai un peu moins l'impression que Jacques Morice prend le lecteur pour un imbécile.

Cet article est intéressant et amusant. J'aurai appris un mot avec l'expression "un rocking-chair avec option turgescence !". Pour le coup Jacques Morice a le sens de la formule et le sens de l'humour car cette expression fait référence à une scène hilarante du film dans laquelle George Clooney fabrique un fauteuil à bascule avec un gode intégré (c'est bizarre je ne trouve pas de définition pour gode dans un dictionnaire en ligne, disons qu'il s'agit là d'un membre errectif artificiel). Le dernier mot de la critique est réjouissance et je trouve qu'il résume parfaitement le film. Allez-le voir !




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