Jeudi 22 janvier 2009 4 22 /01 /2009 14:45
- Par Jan Abbie
Je suis sorti de la projection du deuxième film d'Albert Serra avec une impression bizarre. Je me suis ennuyé, il ne se passe absolument rien, une scène peut durer vingt minutes, mais en même temps quelque chose m'a tenu, un sentiment que je n'avais encore jamais ressenti, un envoûtement mystérieux que j'ai du mal à cerner.

Trois rois que nous supposons mages, c'est-à-dire mi-sorciers, mi-astrologues, parcourent plusieurs contrées pour parvenir aux pieds de Marie et de son enfant.

Les Cahiers consacrent neuf feuilles au film avec en prime le scénario complet. Ils commencent fort : "Nous tenons l'un des quelques grands cinéastes des années 2000". Et ce cinéaste est le plus grand parce que pour parodier la chanson de Vincent Delerm : "il n'a pas d'acteur, pas de décors, pas de musique (ou presque), pas de lumière, une putain d'idée..." Albert Serra a choisi trois habitants de son village natal en Espagne. Selon Emmanuel Burdeau le film pose une question énorme : "où commence le cinéma ?" Il ajoute : "[les questions d'Albert Serra] installent, et c'est également considérable, une rhétorique du début à la place de la rhétorique de la fin qui commanda longtemps le cinéma d'auteur."

Je suis d'accord avec le fait qu'il y a un "culot immense" dans ce film et que chacune des scènes malgré leur longueur ne cesse de surprendre, d'interroger, et cela par leur dépouillement. J'ai été surpris, saisi par le bruit du sable sur les semelles, le vent aussi.

L'humour est aussi très présent. Il naît d'une familiarité entre les personnages/acteurs et le spectateur. C'est comme si on se connaissait, car ils ne sont pas vraiment dans le jeu, ils sont un peu avec nous, on s'amuse comme quand on voit un ami qui essaie de se dépatouiller d'une situation cocasse.

Plus qu'un film j'ai eu l'impression de voir un document qui tentait d'observer comment la marche des rois a dû se passer. Albert Serra profane le récit biblique, selon Emmanuel Burdeau, sans le blasphémer. Il y a dans ce film un réalisme sublime. Mais il ne faut pas aller le voir comme si on allait au cinéma, mais plutôt comme si on allait au musée.

Ps. Les instants où Marie et Joseph parlent en hébreu (ce qui est peu probable mais ce n'est pas la question)sont délicieux.



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