Vendredi 3 juillet 2009
- Par Jan Abbie
[Je ne prétends pas faire un résumé exhaustif des cours de Foucault. Je tente de cueillir ici ou là des réflexions susceptibles de nourir ma réflexion politique, philosophique, et poétique.]

Chez Euripide parrêsia signie le droit de parler. C'était un droit important, que le citoyen obtenait par sa naissance, par une vie sans tâche et à condition de ne pas être en exil. C'était un droit pris très au sérieux.

A partir du  cinquième siècle avant  Jésus-Christ Platon en fait la critique.  Platon a remis en cause la possibilité du dire-vrai dans le jeu démocratique. Selon lui le dire-vrai présentait deux limites :
- la latitude de la parrêsia est sans limite. Le citoyen peut dire n'importe quoi. Cela peut mettre en danger la société.
- la parrêsia est dangereuse pour le citoyen lui-même car elle ne récompense pas le talent. Celui qui tient un discours qui caresse le peuple obtient plus de succés qu'un discours vrai qui heurte les sensibilités. Le parrésiaste est donc en danger. 

A partir de cette constatation Michel Foucault s'interroge : "qu'est-ce qui fait qu'en démocratie, il y a impuissance du discours vrai ? [...] Parce qu'en démocratie, on ne peut pas distinguer le bon et le mauvais orateur, le discours qui dit la vérité et est utile à la cité, du discours qui dit le mensonge, flatte et va être nocif " (Le courage de la vérité, page 40).

Xénophon développe l'idée, dans un texte ironique Politeia Athênaion (Constitution des athéniens), que le peuple est divisé en deux : les bons qui sont peu nombreux et quand ils gouvernent ils gouvernent dans leur intérêt ; les mauvais qui sont la majorité et qui ne pensent qu'à leur propre intérêt de se servir soi-même pour éviter d'être esclave. Cette pensée est très présente chez de nombreux penseurs. Cette réflexion part du principe comme allant de soi qu'une société est divisée en deux groupes disproportionnés, d'un côté la "foule", de l'autre "quelques-uns". De plus cette division coïncide avec une opposition entre les meilleurs et les mauvais. Michel Foucault appelle ce principe d'une expression dont il a le secret : l'isomorphisme éthico-quantitatif. Il y a un autre principe qui en découle : le principe de transitivité politique. La volonté des meilleurs, en cherchant le bien, est utile à la cité. La volonté des plus mauvais, en cherchant leur bien, est mauvaise pour la cité.  (idem., page 43). Par conséquent la parrésia est impossible dans une démocratie car une scansion est nécessaire d'un point de vue institutionnel entre les bons et les mauvais. Il s'agit comment cette scansion peut effectivement prendre forme dans le jeu démocratique. En énonçant cela le locuteur affirme que le dire-vrai est impossible en démocratie.

 
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